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De passage...

Bonjour!

Bienvenue sur ce blogue dans lequel je vous propose des coups d'oeil éclectiques, au fil de mes humeurs et de mes occupations, des vignettes sur la société japonaise, une incitation au voyage virtuel, j'espère, mais aussi un outil d'adaptation pour ceux qui franchissent le pas et viennent nous retrouver ... à Nagoya!

 

 

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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 08:50
'Kana devrait être morte.....' dit la petite fille minusculement maigre entre deux crises de larmes et de coups de pieds. 'Ben, oui...c'est bien ce que Papa et Maman m'ont dit' avoue-t-elle à la jeune fille dont elle est la charge tous les mardis matins. Sa soeur plus âgée qui passe par là lui dit sèchement d'arrêter de pleurer et de déranger tout le monde.
Les larmes de Kana-chan coulent de plus belle: elle parle souvent à la jeune fille du mardi de sa famille....sa famille dont elle voudrait être par dessus tout être aimée.


Nous sommes dans une petite école primaire de Shinjuku, quartier de Tokyo dans lequel les enfants sont de plus en plus rares. La jeune fille, c'est ma fille qui aide dans cet établissement une fois par semaine. La petite Kana-chan est entrée en première année cet avril. Les troubles du comportement qu'elle manifeste ont rendu nécessaire la présence d'une auxiliaire de l'institutrice pour que les cours se déroulent dans une atmosphère aussi sereine que possible. 
En fait, passer quelques heures dans des établissements scolaires,  c'est aussi une chance qui est offerte aux étudiants  du département de sciences de l'éducation  de l'université proche d'observer  des situations réelles tout en  rendant service à la communauté. Il ne s'agit pas toujours de s'occuper d'enfants dans une telle détresse mais plutôt de décharger les enseignants en prenant en charge l'accueil, les jeux aux récréations, l'animation et le bon déroulement du repas de midi; depuis la mi-juin, il y a aussi les séances de natation dans la piscine de l'école....

Kana-chan a 6 frères et soeurs dont certains fréquentent la même école. Dès son entrée en primaire en avril, l'école a dû faire face à ses absences répétées; en dépit de nombreuses visites et coups de fil aux parents, la fillette quand elle vient en classe porte des vêtements souillés; ma fille me disait encore dans son mail de mardi qu'il avait fallu lui changer ses sous-vêtements .....et qu'on l'avait installée dans un un coin tranquille pour qu'elle puisse manger tout son content. Kana-chan est victime des trois aspects principaux de maltraitance: négligence, privation et ...violence physique; quand ma fille a fait sa connaissance elle avait un bras horriblement gonflé et couvert de bleus.

Ce mardi 17 juin, justement,  l'école a reçu la visite des services sociaux de la mairie de Shinjuku et  de la commission d'éducation . L'école elle-même ne peut exiger un retrait de l'enfant de sa famille. Elle maneuvre avec beaucoup de précautions à cause de la présence dans l'établissement des frères et soeurs de la Kana-chan. Il lui faut donc faire constater la situation par les autorités compétentes, qui vont de leur côté constituer le dossier qui, si la stratégie privilégiée d'aide en milieu ouvert ne donne pas de résultats positifs, permettra la prise en charge et la mise à l'abri de Kana-chan et d'autres enfants comme elle.

Ce jour-là, le 17 juin 2008, paraissait le rapport des services japonais d'aide à l'enfance. En 8 ans, le nombre de cas de consultations pour maltraitance auprès des services sociaux (cas avérés de maltraitance) a été multiplié par 4. Cette année les chiffres battent tous les records: 40 618 cas. 
Les préfectures qui ont enregistré la plus forte hausse des chiffres sont celle de Yamagata (74%), puis celle de Kagoshima (67%), suivies par la ville de Sapporo (54%). Certaines préfectures peuvent se vanter d'avoir vu baisser les chiffres: Tottori (moins 37%) ou Fukui (moins 25%). En ce qui concerne notre région, Aichi enregistre une hausse de 2 %; Gifu, 11%; Mie, 1%.
Entre juillet 2003 et décembre 2006, 192 enfants ont succombé à des sévices.

Ce sont des résultats désespérants car malgré la montée spectaculaire des chiffres, le nombre de professionnels de l'enfance n'augmente pas suffisamment vite; en 20 ans avouait un responsable à la télévision le soir même, le nombre de cas de maltraitance a été multiplié par 40, le nombre de personnes en charge, par deux seulement.
Mais il y a quand même un élément encourageant dans tout ce malheur: une des raisons pour lesquelles on a pu diagnostiquer qu' un tel nombre d'enfants nécessitaient une protection est que la prise de conscience de la société ne cesse de devenir plus accrue et que le temps qui s'écoule  entre la prise de conscience au niveau individuel,  local, scolaire etc... et le relais de l'information vers les structures dédiées est de plus en plus court.

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commentaires

Melanie 03/06/2009 12:49

En effet, la "déliquescence du tissu social" est à mon sens la grande question face à laquelle se trouve aujourd'hui la société japonaise. Je me suis souvent interrogée sur l'effritement de la "solidarité" et du lien familial, même si heureusement on ne peut le généraliser...j'ai rencontré beaucoup de situations où cet "effritement" était patent, mais il me semble que la question dépasse le domaine de la famille, et comme vous semblez également le suggérer, s'étend à celui de la fragilisation du lien social. Je ne prétend pas que celle-ci serait à l'origine des sévices sur des enfants, mais n'était elle pas liée à diverses formes de souffrances "sociales"? Toutes ces questions sont délicates et dépassent notre propos sur les violences familiales...!

Melanie 01/06/2009 17:14

Je suis tout à fait d'accord sur la tendance que vous évoquez des réglements à l'amiable, avant de se tourner vers le droit et la justice. Mais justement, les chiffres que vous presentiez dans votre article -l'augmentation des cas de maltraitance- ne sont ils pas le reflet, plutot que de l'augmentation "réelle" des cas, de l'augmentation des recours légaux pour ces problèmes de violence (aussi bien sur les enfants que sur les femmes)? n'y a t'il pas là un glissement des pratiques, grâce à l'établissement de lois qui qualifient de "délit" et punit des actes qui jusque là restaient dans le domaine privé? 

Baiya 02/06/2009 06:04


Certainement que l'augmentation du nombre de cas de violences révélées est due à l'existence de la loi et à sa meilleure connaissance. Il y a encore beaucoup,
beaucoup de travail à faire pour que l'on parle de l'inceste qui est un sujet complètement tabou ici; or je ne pense pas qu'il y ait de raison pour qu'il y en ai moins qu'ailleurs.
L'augmentation du nombre de cas de maltraitance à enfant va de pair avec une certaine déliquescence du tissu social; de jeunes parents (mères) isolés, ne recevant aucne aide de leur famille, ne
sachant pas comment s'occuper de leurs enfants qu'elles ont eu trop jeunes et sans le vouloir,  par méconnaissance des moyens contraceptifs et quelquefois tout simplement de leur coprs, qui
retrouvent un partenaire, celui-ci étant souvent responsable du délit de maltraitance. Cela peut paraître un peu caricatural, mais dans la majorité des cas dont on parle dans les média c'est le
scénario qui est évoqué.


Melanie 01/06/2009 10:29

Merci Baiya pour votre réponse et les liens. J'ai pu trouver le rapport en question, ainsi qu'un tas d'informations intéressantes que je n'aurai sans doute pas cherché sans votre article. Merci aussi de m'avoir éclairé sur le fait que la violence conjugale faisait moins l'objet d'articles que la maltraitance des enfants. Je réalise que mon sentiment à ce sujet était largement biaisé par le fait que j'ai passé du temps, dans le cadre d'une recherche, dans un bureau d'"assistance publique" (seikatsu hogo) qui se chargeait aussi des consultations pour les femmes victimes de DV. J'ai donc beaucoup plus entendu parler de ce problème que de l'enfance en danger. Votre article et vos commentaires m'ont donc beaucoup apporté; Je ne savais même pas que la loi de prévention des maltraitances datait seulement de 2000! Merci infiniment.

Baiya 01/06/2009 15:00


Très intéressante expérience que la vôtre!
Je réalise que je n'ai pas mis le lien vers le Ministère de la Santé.http://www.mhlw.go.jp/bunya/kodomo/dv.html
Le lien internet est parlant,.... après 'kodomo', il y a 'dv': la ligne qui sépare maltraitance à enfant et violence conjugale est encore floue puisque
les lois respectives sont encore très nouvelles comme j'ai eu l'occasion de le dire dans un autre billet sur la violence domestique justement. Egalement important le fait qu'un certain nombre de
statistiques sont compilées par la police (les cas de décès ou blessures graves par exemple) et dans la société japonaise on a tendance à beaucoup valoriser la médiation, je trouve, avant
de faire appel à l'application de la loi.


Melanie 29/05/2009 18:00

Bonjour! Je viens de decouvrir votre blog, et cet article m'a interpelle...parce que l'enfance en danger ne peut nous laisser indifferent, bien sur, mais aussi parce qu'il me semble qu'aujourd'hui, au Japon, on parle davantage de "DV" que des sevices sur les enfants. Vous parlez du rapport d'aide a l'enfance des services japonais. Savez vous si on peut le voir ou le telecharger quelque part? En tout cas, merci pour toutes les informations que vous partagez sur votre blog.

Baiya:0091: 01/06/2009 01:52


Bonjour Mélanie,

Merci pour votre commentaire! je trouve personnellement qu'on a énormément d'articles sur la maltraitance à enfant dans les journaux;ils sont plus nombreux que ceux concernant la violence
conjugale. Encore aujourd'hui, premier juin, on parle de la possibilité de priver les parents de leurs droits parentaux en cas de maltraitance avérée.
Est-ce que vous lisez le japonais? Si oui, vous trouverez un grand nombre de rapports sur le site du Ministère de la santé ou en anglais sur ce site:http://www.crc-japan.net/english/index.html


LN 25/06/2008 07:18

Mon retour dans la blogosphère me ramène vers ton site. Et je tombe sur ton article bouleversant sur Kana-chan. Je sens qu'après 6 mois au Japon, je vais commencer à m'ouvrir à une autre réalité... tout n'est pas rose-bonbon ici non plus ! merci pour ce témoignage